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Elfriede Jelinek, Die Kinder der Toten (2007)

D 20 janvier 2007     H 18:31     A Martin Rass     C 0 messages


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Elfriede Jelinek

Elfriede Jelinek est née en 1946 en Styrie (Autriche), mais vit depuis don enfance à Vienne. Son père Friedrich est chimiste, tchèque d’ascendance juive et sauvé de la déportation, grace à ses "services utiles" pour l’industrie de guerre nazie, c’est-à-dire on l’oblige de collaborer. Il en souffra toute sa vie et sombre dans la folie jusqu’à ce qu’il meure en 1972. C’est donc sa mère Olga, catholique, de souche roumaine et allemande, qui s’occupe de l’éducation de la petite Elfriede. Elle tyrannise sa fille, la forçant entre autres à faire des études de musique. Ce n’est que par la littérature qu’elle arrive à prendre le large, rejoint son mari dans les années 70 à Munich. Il n’empêche qu’Elfriede retourne toujours dans cette maison hantée. Une sorte d’attraction-répulsion la lie à sa mère.
C’est par un livre largement autobiographique, La Pianiste, qu’Elfriede Jelinek accède à la notoriété en 1983.
Suivent des livres sulfureux, dont Lust atteint la réputation d’un "porno féministe", mais chaque nouvel opus est imprégné du passé autrichien qui ne veut pas finir (pour paraphraser une fromule d’Ernst Nolte, historien allemand, qui a tenté d’expliquer le génocide par une réaction au goulag et a ainsi provoquer la "dispute des historiens" -Historikerstreit)

La plupart de ses œuvres ont été traduites en français par Yasmin Hoffmann et Maryvonne Litaize pour Jacqueline Chambon, à qui revient le mérite de l’avoir fait découvrir en France :

La Pianiste (1988) - Die Klavierspielerin

Les Exclus (1989) - Die Ausgesperrten

Les Amantes (1992) - Die Liebhaberinnen

Totenauberg (1994)

Lust (1996)

Bambiland (2006, traduit par Patrick Démerin).

Avidité (2003, traduit par Claire de Oliveira) est édité au Seuil) - Gier

Une partie des pièces de théâtre sont parues à L’Arche (Ce qui arriva quand Nora quitta son mari ; Maladie ou femmes modernes ; Drames de princesses...).

La détentrice du Prix Nobel de la Littérature 2004 a publié en France en 2007, dix ans après sa parution en Allemagne, ce qu’elle considère comme son opus-magnum : Les enfants des morts (Die Kinder der Toten).

Résumé :

Dans une paisible villégiature styrienne, trois morts reviennent tourmenter les vivants : Edgar Gstranz, ancien skieur de l’équipe olympique autrichienne, mort dans un accident de voiture après une soirée bien arrosée, Gudrun Bichler, jeune thésarde citadine, suicidée dans sa baignoire, et Karin Frenzel, veuve racornie, entièrement assujettie à une mère tyrannique. Au cœur d’un paysage idyllique (versants enneigés, vastes panoramas, auberges accueillantes et serveuses en dirndl) , les trois morts-vivants, dans un perpétuel memento mori, porte-voix de tous les humiliés, toutes les victimes innocentes de l’Autriche, se réincarnent pour tuer, violer, torturer, écharner les vivants.

Die Kinder der Toten, Reinbek (1997), S. 35 :

Ja, die Natur mit ihren Nackenschlägen. Wenn man nicht genug geübt hat, ihrer Witterung zu entspringen, dann sind Autos mit Blaulicht hinter einem her. Der Natur werden wirs jetzt einmal zeigen ! Edgar nimmt heute nicht das Mountainbike, er nimmt das Rollbrett. Im Sommer ist man leider eingeschränkt, was die Geräte betrifft, die einen ertragen können. Dafür ertragen einen, hat man sich erst ausgezogen, Menschen, die sich selber fast ganz ausgezogen haben. Manche vermögen in andere einzudringen, aber besonders weit kommen sie dabei nicht. Edgar kam hierher, lachte, tanzte und glitt dahin, für einen Verstorbenen gar nicht schlecht. Zieht er heute die zerfetzten Jeans an oder die andere Hose, die Haut vortäuscht, wo doch schon der Mensch anfängt ? Aha, die Radlerhose zieht er an, eigentlich ist das ein Trägervereinstrikot, auf dem prompt große Ziffern, farbige Streifen, bunte Symbole und scharfgeschliffene Blicke auf und ab spazieren und immer wieder abgleiten auf diesem hügeligen Hang aus Helanca, sie gleiten und wirbeln wie Schneeflocken, diese Blicke, aber sie müssen nach unten und auf ihre Glut aufpassen, die sie hegen, damit sie nicht ausgeht, und das auch noch ohne uns.

Un autre extrait en français, Les enfants des morts, Seuil (2007), page : 149 :

Ainsi les intacts se précipitent dans le Vierge, c’est que même Jésus a besoin d’une délivrance. L’expérience les guide, la zip, la corde de décrochage crisse, Ayrton le Sauveur, Ayrton le messie, oui oui, c’est bien lui, attaque en premier, il éventre le ciel et file dans son couloir aérien jusqu’à son robinet, l’ouvre, un courant humain jaillit, les habits des surfeurs battent et claquent, toutes ces pierres autrichiennes catapultées, ce désir d’être une star, toujours, soutenir la comparaison à l’échelle internationale. Maintenant ! Leurs zizis agrémentés de fanions girouettes se lèvent et partent, pas étriqués pour deux sous dans Dieu sait quel costume d’Adam ou tunique de pensées. Aussitôt, comme ciel et terre se confondent parfois dans l’orage, le sportif, rivé à sa planche, plane dans notre champ de vision, saccades, en quelques secondes il a vieilli de nombreuses années, une ultime cabriole et déjà c’est l’atterrissage plutôt rude, la collision avec le sol, son doux visage, tous critères remplis, émerge chaque jour, mais néanmoins beaucoup plus jeune, dans les spots publicitaires, et maintenant, après que nous avons entendu son nom prononcé si souvent aux nouvelles, nous l’avons enfin exaucé.

Ecoutez une interview en allemand avec la prix nobel de littérature 2004 (source : podcast Deutsche Welle)